“Histoire de la violence”, d’après Edouard Louis, adaptation et mise en scène de Laurent Hatat et Emma Gustafsson

Avec Louis Arene (Edouard), Samir M’Kirech (Reda) et Julie Moulier (Clara), Histoire de la violence (Editions du Seuil, 2016) retraverse l’autofiction polyphonique d’Edouard Louis. 

Pour quelles raisons avez-vous porté à la scène Histoire de la violence ?

L.H. : J’ai ce projet en tête quasi depuis la sortie du livre. Je connaissais alors Edouard Louis grâce à Didier Eribon, l’auteur de Retour à Reims. Je l’ai dans un premier temps laissé de côté car je ne savais pas quel langage scénique adopter pour capter toute l’amplitude et la complexité du texte. Avec des scènes de violence comme des boucles répétitives, fragmentaires, le récit provoque une sensation d’effroi. Edouard y raconte sa rencontre un soir de Noël avec Reda, Place de la République. Il le fait monter chez lui, et ce qui a commencé comme une belle histoire se termine par une agression et un viol. Le lendemain ont commencé les difficiles démarches médicales, policières et judiciaires, qui ouvrent des débats à la fois intimes, sociaux et politiques. C’est en compagnie d’Emma Gustafsson, issue de la danse contemporaine et aussi comédienne, que j’ai élaboré l’adaptation. Nous avons façonné un théâtre charnel, où parfois les mots se taisent pour laisser place au mouvement des corps.

Est-on dans un théâtre de l’incarnation ?

L.H. : Pas seulement. Divers modes de jeu s’entrelacent, avec des temporalités différentes, des narrations fragmentées, des ruptures, des moments incarnés, mais aussi réflexifs, lors desquels la pensée se livre, ce qui peut s’avérer tout aussi émouvant qu’une situation jouée. La pièce commence par une mise en abyme, lorsque Edouard derrière une porte écoute sa sœur raconter à son mari le récit qu’il lui a livré la veille, dans sa langue à elle. Nourrie de toutes ces voix, d’approches multiples, de tensions et de failles, la pièce apparaît comme un miroir brisé reflétant les désirs et les violences.

Propos recueillis par Agnès Santi, Journal La Terrasse