Entretien avec Aude-Laurence Biver, metteuse en scène de “Shahara”

Le Escher Theater soutient et produit la création Shahara (première le 25/10), une mise en scène signée Aude-Laurence Biver. Découvrez les coulisses de ce projet “jeunes publics” à travers une interview de l’artiste.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de mettre en scène le texte Shahara de Caroline Stella ?
Lorsque j’ai lu Shahara, j’ai immédiatement été touchée par l’histoire de cette petite fille de dix ans, atteinte de la « maladie de la lune », et par la relation profonde qu’elle noue avec Mélie, une autre enfant hospitalisée dans le même service pédiatrique. Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est la manière dont Caroline Stella parvient à aborder un sujet aussi délicat sans jamais enfermer le récit dans la gravité. Malgré la maladie et l’univers hospitalier, le texte reste traversé par l’humour, la poésie et une grande force d’imagination.
J’y ai trouvé des éléments qui résonnent avec mon propre univers artistique et ma manière d’envisager le théâtre pour le jeune public. J’ai donc été rapidement convaincue que ce texte permettrait à la fois de sensibiliser le public sur cette maladie peu connue tout en leur proposant de vivre un beau voyage à travers l’enfance et l’imaginaire.

La pièce aborde la maladie et l’hôpital, tout en laissant une grande place à l’humour, au jeu et à la poésie. Comment trouvez-vous l’équilibre pour que ces thèmes sensibles restent accessibles au jeune public ?
Je perçois ce texte comme un véritable éloge du jeu, du détournement et de l’imaginaire. Shahara passe ses journées seule, enfermée dans cet hôpital où le temps semble s’étirer à l’infini. Alors, pour tromper l’ennui, elle rêve, invente et joue avec ce qui l’entoure. Avec presque rien, elle transforme le quotidien en terrain de jeu. Lorsqu’elle rencontre Mélie, leur amitié se construit à son tour dans cet espace de liberté qu’est l’imaginaire, entre jeux, complicité et espoir. L’humour, présent tout au long de la pièce, participe aussi à mettre à distance la gravité du sujet.
À cela s’ajoute tout un imaginaire lié au voyage spatial et métaphorique de Shahara. Ce voyage permet de déplacer le regard, d’ouvrir une brèche dans le réel et d’explorer autrement ce que traverse la jeune fille. Il ne s’agit pas d’effacer la difficulté du sujet, mais de la déplacer pour mieux la regarder, sans jamais l’invisibiliser.

Shahara est votre première mise en scène à destination du jeune public. Comment abordez-vous cette expérience et ce public différent ?
Les enfants ne mentent pas. Ils sont peut-être, d’une certaine manière, le public le plus honnête et le plus exigeant qui soit. Alors, je tremble un peu à l’avance ! Pour me préparer, j’emmène régulièrement mes deux filles aux répétitions et je recueille leurs impressions. Elles sont mes premières spectatrices, mes petites garde-fous, et leurs réactions sont souvent d’une grande justesse. Plus sérieusement, c’est la première fois que je porte à la scène un texte destiné au jeune public, et je découvre combien cette aventure me réjouit. Il y a une grande liberté à travailler pour les enfants : celle de ne pas avoir peur d’aller trop loin, de repousser les limites du réel et de laisser la place à tous les possibles.

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